Prison de Cristal

Notes de l’auteure :
Je suis malade. Eh oui, ça m’arrive tout le temps.
Qui dit malade, dit fièvre et dit aussi cauchemars exacerbés…
Comme d’habitude, je vous raconte cette aventure en musique.
Une musique parfaite pour la thématique :
‘Turn Loose The Mermaids’ de Nightwish.


« A kite above a graveyard grey,
At the end of the line,
Far far away,
A child holding on to the magic of birth and awe. »


Je marche sereine, au milieu des Humains qui commencent leurs tapages, en ce jour ensoleillé. Je porte une longue robe blanche, mes longs cheveux coiffés en une grossière tresse tombent dans mon dos. De couleur châtain, comme le plus beau de mes automnes. Mes iris sont également bruns, pour rappeler les feuilles mortes du mois d’octobre.
Je porte aussi un long collier en argent, duquel pend un pendentif en forme de blason avec, en son centre, la lettre ‘M’ écrite d’une façon calligraphique.
Je déambule au milieu d’un hangar géant, fabriqué en bois brut, et qui regroupe plusieurs Humains qui vont et viennent au milieu de la foule.
Je souris.

Qui suis-je ?
Je suis une Sirène. Oui, je peux marcher parmi les Humains, puisque mes jambes ne se changent seulement qu’en queue de poisson lorsque celles-ci sont mouillées. Ce qui n’est pas le cas ce matin-là. Je voulais utiliser ma Magie pour aider les Humains dans leurs occupations quotidiennes. La Magie de l’eau au service des gens de la terre.
Une jolie jeune femme avec des vêtements sombres et un tricorne sur la tête cherche avidement un navire pour réaliser son rêve : Devenir une Pirate.
Je souris et je murmure un sort :
– Atotoilg a chomlae.
La jeune femme rencontre un homme, un Pirate, et ils décident de réquisitionner un bâtiment pour commencer leurs épopées ensemble.

Derechef, je souris et je continue mon travail.
Un couple se dispute juste à côté de moi. Cela me rend triste, je me dirige vers eux pour jeter un nouveau sortilège :
– Awendaþ eft wansæliga neat.
La colère disparaît et l’amour l’emporte.
Je quitte le dépôt immense pour rester dehors et respirer l’air frais, parsemé d’odeur iodée grâce à l’Océan non loin de là.

« Oh, how beautiful it used to be,
Just you and me far beyond the sea,
The waters, scarce in motion,
Quivering still. »


Un jeune garçon, à peine adolescent, vêtu de haillons et le teint blafard essaye de voler les gens autour de lui. Essaye de dérober de la nourriture pour survivre.
Un orphelin, mourant de faim. J’ai l’impression de le connaître lui, de connaître son histoire, comme si je l’avais déjà écrite…
Il y a longtemps, dans un Royaume au bord de l’Océan…
La vieille dame qu’il a essayé de voler se met à hurler, et à crier contre lui. Je vois les autres Humains se regrouper autour du garçon, prêt à le frapper pour un simple morceau de pain.
– Awendaþ eft wansæliga neat !
La foule se disperse et je fais apparaître un pain chaud au creux des mains de l’orphelin, qui me sourit en me remerciant chaleureusement.
Je souris moi aussi.

Il y a une ombre dans le vent.
Je crois qu’une tragédie m’attend.
Parce qu’un homme, dans un coin de la rue, me regarde avec des yeux aussi noirs qu’une nuit sans étoile. Un frisson d’horreur me parcourt l’échine.
Je continue ma route dans le village, cherchant une nouvelle âme à sauver.
Le malaise ne passe pas. Pire, il s’accentue.
Puis, tout devient sombre.

« At the end of the river the sundown beams,
All the relics of a life long lived,
Here, weary traveller rest your wand,
Sleep the journey from your eyes. »

Il est difficile d’ouvrir les yeux, ma tête me fait étrangement souffrir. Petit à petit, je me rends compte que je suis allongée sur un sol en bois, au milieu d’une salle vide, mais grande.
Je mets quelques longues minutes à comprendre que mes mains sont enfermées dans deux énormes menottes en acier, dont une lourde chaîne est reliée à un pilier, à quelques mètres de moi.
Étrange et horrible.
Bien sûr, une fois que j’arrive à retrouver mes esprits, j’observe les menottes massives, et je jette mon sort :
– Tospringe.
Rien ne se passe.
Si, quelque chose se passe : des runes se mettent à briller, d’une couleur dorée, au moment où je jette mon sort, mais que celui-ci ne fonctionne pas.
Je réitère un sortilège de déverrouillage, plus fort que le précédent :
– Forþ fleoge.
À nouveau, les runes rutilantes illuminent mon visage quelques secondes.
Je comprends avec effroi qu’une personne très mal attentionnée a réussi à m’emprisonner par une Magie qui défit la mienne.
Ce n’est pas bon signe.
Pas bon signe du tout…


« Good journey, love, time to go,
I checked your teeth and warmed your toes,
In the horizon I see them coming for you. »


Je vois une ombre dans le coin de la pièce, une ombre mouvante qui avance vers moi. Une fois dans la lumière du jour, je reconnais l’homme qui me regardait étrangement, le matin même.
Ma tête tourne, je me sens encore mal, mais j’arrive cependant à lui demander ce qu’il se passe.
Il sourit d’une façon malsaine en m’avouant fièrement qu’il souhaitait capturer une Sirène pour la vendre au ‘Barnum & Bailey Circus’ et que, malgré mes pouvoirs, il devait utiliser lui aussi une Magie plus sombre encore pour m’empêcher de m’enfuir.
Oh non…
C’est pire que ce que je pensais…

J’essaye de lui expliquer que ce n’est pas bien, que ce n’est pas naturel pour une Sirène d’être emprisonnée dans un aquarium au milieu d’un Cirque.
Cependant, l’Humaine s’en fiche. Il continue de sourire sans changer d’avis et je comprends très vite que mes paroles sont vaines, puisqu’il a déjà pris sa décision.


« The mermaid grace, the forever call,
Beauty in spyglass on an old man’s porch,
The mermaids you turned loose brought back your tears. »


Le lendemain, je marche dans le célèbre Cirque. J’ai toujours les mains menottées devant moi, avec ces énormes et lourdes chaînes en argent, d’une Magie noire qu’il m’est impossible de contrer.
Le fameux Barnum, un homme d’une cinquantaine d’années, vêtu entièrement d’un costume écarlate et doré, aux belles dentelles et d’un sombre haut-de-forme, me regarde d’un œil pétillant de joie.
Oui, une nouvelle attraction pour son Cirque !
Pour l’occasion, il a commencé à construire des fontaines au centre du chapiteau.
Les gens s’activent autour de lui, tout doit être prêt pour l’ouverture.
Tout sourire, Barnum m’explique, en faisant de grands gestes des mains :
– Le tour commencera ici, dans la fontaine, avec toi en Sirène. Sans vitre, les gens pourront être encore plus proches de toi ! Ensuite, le soir, tu iras dans les aquariums juste derrière.
Il se retourne pour me montrer le mur du fond, dans lequel des trous béants abritent des vitres de cristal. Des techniciens installent les aquariums à taille Humaine, avec de l’eau de Mer, et du sable au fond.
Je suis affligée, j’essaye de lui expliquer du mieux possible :
– C’est n’est pas assez grand ! L’aquarium est bien trop petit, je pourrais à peine rester allongé, sans bouger.
Barnum hausse les épaules :
– Ne t’inquiète pas, tu as juste à rester dans l’eau, sourire aux clients et tourner sur toi-même pour le spectacle.
– Mais ce n’est pas naturel ! Vous ne pouvez pas enfermer une Sirène dans une cage si petite ! Je pourrais à peine nager dedans, il n’y a pas de place !
Tout à coup, le regard de l’homme s’obscurcit encore plus et me dit, avec menace :
– Je me fiche éperdument de savoir si ça te plaît ou pas. C’est comme ça et pas autrement.
– Non… Vous devriez me libérer. Vous ne pouvez pas garder une Sirène emprisonnée. C’est mal. Très mal.
Barnum sourit.
J’ai vite compris, ce jour-là, que la nature Humaine cache un côté sombre, ténébreux, alimenté par le Mal, le pouvoir et l’argent.
Tout ce que Barnum possédait déjà, mais désirait encore plus.
En m’utilisant comme nouvelle attraction touristique.

« At the end of the river the sundown beams,
All the relics of a life long lived,
Here, weary traveller rest your wand,
Sleep the journey from your eyes. »

Le soir même, tout est prêt pour le grand spectacle.
Barnum a laissé mes menottes aux poignets, en enlevant la chaîne du milieu.
Vue de loin, je porte simplement des bracelets étranges qui, malheureusement, bloquent ma Magie et m’empêchent de m’enfuir.
Le rideau se lève, le public est déjà présent, et je marche vers l’aquarium pour me jeter dedans.
Au moment où mes jambes touchent l’eau, des écailles émeraude commencent à émerger sur ma peau pâle, jusqu’à tout recouvrir. Une queue apparaît à la place de mes pieds et un cache-poitrine en écailles et en coquillages émergent sur mon torse.
Comme je le présageais, l’aquarium est beaucoup trop petit. Je peux à peine m’allonger dedans et il n’y a absolument rien à l’intérieur. Pas de poissons, d’algues ou d’autres belles choses que je peux retrouver dans les Océans du Monde.
Rien.
À part les yeux hagards des gens qui me fixent depuis l’extérieur.
Tantôt époustouflés, tantôt apeurés, en me regardant comme un monstre.

« At the end of the river the sundown beams,
All the relics of a life long lived,
Here, weary traveller rest your wand,
Sleep the journey from your eyes. »


C’est un silence pesant qui tombe sur moi. Parfois détruit par des clients qui tapent sur la vitre de l’aquarium pour me faire bouger. Un sentiment de tristesse intense envahit mon corps, et mes doigts tremblants touchent le long collier en argent que je porte encore à mon cou et qui flotte dans l’eau.
Je sers fermement le ‘M’ au creux de mes poings et je prie.
Mais à qui demander de l’aide ?
À quel ‘M’ demander de l’aide ?
Dois-je appeler Morphée ?
Le Gardien des Rêves et des Cauchemars pour qu’il me sorte de ma prison de cristal ?
Ou dois-je appeler Mick ?
Le seul qui peut me ramener dans le Monde des Vivants ?
Je ne sais pas.
En tout cas, je prie M.


Puis, je me suis réveillée…

25.08.2022
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